Il y a plusieurs années, les vétérinaires ont constaté que les chevaux obèses développent un métabolisme différent de celui des chevaux sains. Ils ont souvent du mal à perdre du poids, même avec un régime strict, et sont sujets à la fourbure. Les chercheurs ont alors entrepris d'étudier la cause de cette altération métabolique, qui a finalement été attribuée au syndrome métabolique équin (SME). Le SME n'est pas une maladie en soi. Ce terme désigne plutôt un ensemble de symptômes pouvant inclure une résistance à l'insuline, une hypothyroïdie et l'obésité. La définition du SME évolue constamment au fur et à mesure que nos connaissances sur le syndrome et ses composantes s'affinent. Bien qu'il n'existe actuellement aucun consensus au sein de la communauté scientifique quant à une définition précise du SME, il est clair que ce syndrome est étroitement lié à l'obésité, dont il peut être partiellement, voire totalement, la cause.
Comme chez l'humain, l'obésité chez le cheval constitue un problème de santé majeur pouvant entraîner diverses maladies. Le surpoids peut réduire l'efficacité de la reproduction et de la régulation de la température corporelle, tout en imposant un stress cardiovasculaire et pulmonaire, et en augmentant le risque de fourbure et la gravité de l'arthrose. L'obésité peut également induire une résistance à l'insuline et un syndrome métabolique équin. Voici un aperçu des conséquences d'un excès de poids sur la santé de votre cheval.
La graisse ne se trouve pas uniquement sous la peau.
Les graisses sont stockées dans le corps sous forme de cellules adipeuses qui, ensemble, constituent le tissu adipeux. La graisse n'est pas seulement présente sous la peau ; elle entoure également chaque organe interne. Lorsqu'un cheval présente un surpoids visible, la plupart des organes internes, comme les reins et le cœur, contiennent également des dépôts de graisse. La majeure partie de la graisse viscérale (la graisse située à l'intérieur et autour des organes) est stockée dans l'abdomen, dans l'épiploon et le mésentère, deux structures en forme de voile appartenant au système gastro-intestinal.
Le tissu adipeux agit comme une glande
Les adipocytes, ou cellules graisseuses, ont une fonction similaire à celle des cellules des autres organes. Le tissu adipeux fonctionne comme une glande : il sécrète des hormones et communique avec le reste du corps via des transmetteurs et des récepteurs. Plus de 100 substances, appelées adipokines, sont sécrétées par le tissu adipeux. Ces adipokines interviennent dans l’inflammation, le comportement alimentaire, la formation du tissu osseux, la production de globules rouges, la pression artérielle, la reproduction, l’immunité et le métabolisme général. Les personnes obèses, qui présentent un excès d’adipocytes, libèrent une quantité excessive d’adipokines. Certaines de ces adipokines sont responsables de l’insulinorésistance. On pense que la graisse viscérale (graisse des organes), plutôt que la graisse totale, libère la plupart des adipokines responsables de l’insulinorésistance.
L'obésité entraîne une résistance à l'insuline
La plupart des gens ont déjà entendu parler de « résistance à l'insuline » ou même d'« intolérance au glucose ». L'insuline est une hormone essentielle produite par le pancréas et circulant dans le sang. Elle est sécrétée lorsque le taux de glucose (sucre) dans le sang est trop élevé. Les cellules de l'organisme ont besoin de glucose pour fonctionner, tout comme les voitures ont besoin de carburant. Le rôle de l'insuline est d'ouvrir le canal entre le sang et l'intérieur des cellules afin que le glucose puisse y pénétrer. La résistance à l'insuline désigne une condition dans laquelle le taux de glucose dans le sang doit être plus élevé que la normale pour que l'insuline puisse agir et permettre aux cellules d'absorber le glucose. La glycémie reste élevée car le glucose n'atteint pas les cellules, qui en ont pourtant un besoin vital. L'excès de glucose dans le sang est alors transformé en graisse et stocké sous forme de graisse. La résistance à l'insuline favorise donc la prise de poids. On sait également que l'obésité peut induire une résistance à l'insuline. À l'heure actuelle, nous ne disposons pas de suffisamment d'informations pour confirmer que cette maladie se manifeste chez les chevaux maigres, mais des recherches futures pourraient apporter des éléments de réponse. Par ailleurs, tous les chevaux obèses ne présentent pas le même degré de résistance à l'insuline. Dès qu'un cheval est diagnostiqué comme résistant à l'insuline, il est essentiel de collaborer avec un vétérinaire et un nutritionniste pour élaborer un plan de traitement adapté et complet. Les chevaux résistants à l'insuline ont un métabolisme perturbé et leurs cellules ne répondent pas correctement à l'insuline. Il ne s'agit pas seulement de réduire leur ration alimentaire, mais aussi de leur fournir des aliments différents, digérés de manière à ce que le taux de glucose dans le sang ne provoque pas de pic brutal, mais plutôt une libération lente et progressive de glucose.
L'hypothyroïdie entraîne une prise de poids
La glande thyroïde joue un rôle crucial dans le niveau d'énergie et le métabolisme. Un dysfonctionnement de la glande thyroïde peut avoir des conséquences néfastes sur l'organisme. Bien que l'hypothyroïdie soit relativement fréquente chez le chien, sa prévalence chez le cheval est encore mal connue. Chez le cheval, les symptômes de l'hypothyroïdie incluent une prise de poids, une diminution de la tolérance à l'effort, une léthargie et un pelage terne. Les chevaux atteints présentent une baisse d'énergie importante, des besoins caloriques réduits et un stockage maximal des graisses. Avant de conclure à un surpoids dû à l'hypothyroïdie, des examens diagnostiques appropriés (Photo : L'obésité est une affection qui contribue souvent à des problèmes de santé tels que la fourbure, l'arthrose et le syndrome métabolique équin) doivent être réalisés, car les symptômes sont vagues et leur gravité n'est pas nécessairement proportionnelle à la gravité de la maladie.
La lévothyroxine est un médicament utilisé pour traiter l'hypothyroïdie. Chez les chevaux souffrant uniquement d'insulinorésistance et non d'hypothyroïdie, ce médicament peut néanmoins réduire la masse grasse et améliorer la sensibilité à l'insuline, à condition d'être associé à un régime alimentaire rigoureusement contrôlé et à un accès limité au pâturage.
Les chevaux obèses sont sujets à la fourbure.
La fourbure est un autre problème de santé majeur auquel les chevaux obèses sont sujets. Son mécanisme n'est pas encore totalement élucidé, mais sa prévalence chez ces chevaux serait liée à une résistance à l'insuline. Il se pourrait que les cellules reliant la paroi du sabot à la lamelle ne reçoivent pas suffisamment de glucose, ou que d'autres adipokines sécrétées par les adipocytes déclenchent la fourbure. On suppose également que le poids excessif dépasse la résistance de la lamelle, provoquant un détachement semblable à une déchirure. Très probablement, tous ces mécanismes sont impliqués, ce qui fait de la fourbure un sujet d'étude complexe.
Les chevaux obèses ont du mal à perdre du poids.
L'insulinorésistance et l'hypothyroïdie entraînent généralement une prise de poids, et plus le cheval est obèse, plus il risque de devenir insulinorésistant. C'est un cercle vicieux, et c'est pourquoi il est très difficile pour un cheval obèse atteint du syndrome métabolique équin (SME) de perdre du poids. C'est pourquoi il est primordial de prévenir l'obésité et de surveiller attentivement le poids de votre cheval.
La principale cause de l'obésité
La principale cause d'obésité chez les chevaux et les poneys est la suralimentation. Comme chez l'humain, les besoins en calories quotidiennes et en aliments varient d'un cheval à l'autre, même à gabarit similaire. De nombreux autres facteurs déterminent la quantité d'aliments réellement nécessaire, notamment la charge de travail, le statut reproductif, l'âge, la race et les variations individuelles.
Trouvez le score de condition corporelle de votre cheval
Avant de mettre votre cheval au régime pour prévenir des maladies comme le syndrome métabolique équin (SME) ou la résistance à l'insuline (RI), il est essentiel de vérifier s'il est en surpoids. Une échelle de condition corporelle, un ruban de mesure et votre vétérinaire sont des outils précieux pour déterminer son poids idéal. L'échelle de Henneke, qui utilise une échelle de 1 (extrêmement maigre) à 9 (extrêmement gras), 5 (poids modéré) correspondant au poids idéal pour la plupart des chevaux, est très couramment employée. Cette échelle tient compte de la répartition des graisses sur le corps du cheval. Si l'on ne considère que les côtes, un cheval peut paraître maigre, alors que la plupart des cellules graisseuses se situent au niveau de l'encolure et de la croupe. De plus, cette échelle ne prend pas en compte l'âge, la morphologie et la race, qui peuvent influencer la répartition des graisses. Le poids idéal d'un cheval varie également en fonction de son état reproductif et de sa condition physique. Par exemple, les chevaux de course sont généralement plutôt minces (score de 4 sur 9), tandis que les chevaux de concours sont généralement plutôt lourds (score de 6 sur 9). Les chevaux obèses obtiennent un score de 9 sur 9.
L'attachement émotionnel et la présence quotidienne de leur cheval font que la plupart des propriétaires et des soigneurs peinent à évaluer correctement son état corporel réel. En cas de doute, demandez à une tierce personne d'examiner le tableau de Henneke et d'attribuer une note à l'état corporel de votre cheval, ou consultez votre vétérinaire lors de sa prochaine visite à l'écurie.
Conseils et astuces pour la perte de poids chez les chevaux
Les chevaux sont des herbivores naturels et il est préférable pour eux de manger tout au long de la journée. Comment limiter la quantité de nourriture ingérée par un cheval tout en le nourrissant en continu ? Quelques astuces : utiliser des filets à foin doubles, des sacs à petites ouvertures ou des muselières. Cela leur prendra plus de temps pour manger, ce qui non seulement les occupera plus longtemps, mais réduira également leur consommation. Des repas fréquents et plus légers sont idéaux, mais pas toujours pratiques. Si les chevaux sont habituellement nourris ensemble, assurez-vous que celui qui est au régime n'ait pas accès à la nourriture des autres. Pour une perte de poids saine, il est conseillé d'apporter tout changement progressivement (10 % sur 10 jours est généralement la norme), tant en termes de quantité que de type d'aliments. Les vitamines, les minéraux et les protéines sont essentiels et il est impératif que les chevaux reçoivent leurs besoins minimaux, même en cas de restriction alimentaire. Suivez les instructions sur les sacs d'aliments et utilisez le poids plutôt que le volume pour déterminer la quantité à donner. Cependant, chaque cheval est unique et la quantité de nourriture qu'il reçoit peut être excessive, même si elle est indiquée sur le sac. Les fabricants et distributeurs d'aliments pour animaux disposent souvent de nutritionnistes animaliers qui peuvent vous aider à choisir la nourriture adaptée à votre cheval.
Enfin, l'exercice physique est primordial dans un programme de perte de poids. Il stimule le métabolisme et vous pouvez augmenter progressivement la durée et l'intensité de vos séances à mesure que votre condition physique s'améliore.
Surveillez l'évolution de votre cheval à l'aide d'un ruban de mesure et notez-la dans un carnet afin de repérer plus rapidement les changements. Ajustez régulièrement sa ration alimentaire.
Il est important de se rappeler que les besoins nutritionnels évoluent constamment et que l'alimentation peut nécessiter des ajustements plus fréquents qu'on ne le pense. Si votre cheval est monté cinq fois par semaine pendant une heure au printemps, contre une fois par semaine en automne, cela représente une différence considérable en termes de besoins énergétiques. Nous savons tous que la vie réserve parfois des imprévus et qu'il se peut que vous ne puissiez pas voir votre cheval aussi souvent que prévu pendant une période prolongée. Veillez donc à adapter son alimentation à l'évolution de ses besoins nutritionnels.
Dre Marielle St-Laurent, vétérinaire
La Dre St-Laurent est originaire de l'Ouest-de-l'Île de Montréal. Diplômée de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal en juin 2010, elle a ensuite effectué son internat chez Paton & Martin Veterinary Services, près de Vancouver (Colombie-Britannique). Elle est maintenant vétérinaire associée à temps plein et, durant ses temps libres, elle s'entraîne pour devenir cavalière de dressage de compétition. Pour plus d'informations, veuillez consulter le site Web de Paton & Martin Veterinary Services : .